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Teddy Lussi-Modeste

Teddy Lussi-Modeste

sélectionné à emergence pour Jimmy Rivière marraine Noémie Lvovsky page film

Filmographie

Le Prix du succès (2016)
TIFF
Festival international du film de San Sebastian

Jimmy Rivière (2011)
Nommé au César du meilleur espoir masculin pour Guillaume Gouix
Festival Premiers Plans d’Angers, Prix du public
Festival international du film de Sao Paulo

Je viens (court métrage, 2008)
Dans l’œil (court métrage, 2006)
Embrasser les tigres (court métrage, 2004)

Entretien avec le réalisatreur

Entretien avec Teddy Lussi-Modeste, Propos recueillis par Bernard Payen (2010)

Trois ou quatre années séparent la réalisation de mon court métrage Embrasser les tigres de mon long. Dans un premier temps, Elisabeth Depardieu m’avait appelé pour me demander si j’avais un projet de long métrage mais je n’avais alors rien de solide à lui proposer. Je l’ai recontactée après avoir écrit une première version de Jimmy Rivière.

Scène imposée

J’en avais peur au début car c’était la première fois que j’allais réaliser quelque chose que je n’avais pas écrit. La scène se passait dans un hôpital psychiatrique et s’organisait autour de la vision d’un personnage malade. J’ai amené la scène vers une histoire plus naturaliste entre deux frères. Les comédiens imposés étaient vraiment bons et j’ai d’ailleurs choisi l’un d’entre eux pour une scène libre d’emergence. Je retravaillerai un jour avec lui. Il était proche du héros de Jimmy Rivière. En fait, avec le recul, je crois avoir un peu triché pour me rapprocher de mon projet.

Le film

Jimmy Rivière raconte l’histoire d’un jeune voyageur d’aujourd’hui qui doit faire des choix dans sa vie. Au début du film, il veut devenir chrétien évangéliste, comme beaucoup de gens de sa communauté. Ça nécessite des choix d’austérité de vie mais il a deux passions – la boxe thaï et sa petite amie – qui vont perturber ce chemin tout tracé.

Le tournage à emergence

J’ai vraiment pensé les deux scènes libres non pas tant comme un court métrage mais comme un ensemble autonome. Je n’avais pas envie de jouer une discontinuité entre les deux scènes. J’avais envie qu’elles se répondent. Dans la première scène, Jimmy va voir José, le pasteur de la communauté, qui refuse de le baptiser s’il continue la boxe. Dans la deuxième, Gina, son entraîneur, lui propose un combat. Les deux scènes se terminent sur ce suspens : Jimmy va-t-il faire ce match ? Rester dans sa communauté ? S’en échapper ? Ces deux scènes permettaient de problématiser le film et de tester les rapports entretenus par le héros avec deux figures qui constituent les pôles majeurs du scénario.
On a pensé en amont le découpage et testé deux types de mise en scène, l’une plus nerveuse à l’épaule, l’autre au contraire plus posée, composée. Mais l’essentiel pour moi était de pouvoir travailler avec les comédiens. Voir s’ils étaient vraiment les personnages. Voir comment ça résonnait avec eux. La caméra était là pour enregistrer ce travail. Voir les personnages incarnés par des comédiens était une expérience nouvelle pour moi. Je n’avais jamais travaillé avec des acteurs professionnels.

Guillaume Gouix

Je l’ai rencontré quelques jours avant la session. Au départ, je n’étais pas convaincu par l’idée qu’un acteur pouvait incarner Jimmy Rivière. Je voulais travailler avec un vrai voyageur, un vrai boxeur… Le directeur de casting m’a orienté vers Guillaume, qui était alors en tournage au Luxembourg. Là, dès que je l’ai vu, j’ai su que c’était lui, alors qu’il n’est ni voyageur, ni boxeur. Il avait à la fois une fragilité et un désir d’affirmation qui me séduisaient beaucoup. Ce fut comme une évidence, un vrai coup de foudre. C’est à emergence qu’a vraiment eu lieu notre rencontre. En tournant les scènes, j’ai mesuré aussi tout le chemin qu’il restait à faire avec lui. Mais même s’il n’était pas encore Jimmy Rivière, je savais qu’il allait le devenir et qu’il allait trouver les passerelles qui le mèneraient vers le rôle.

Les autres acteurs

En cours d’écriture à emergence, j’ai rencontré Hafsia Herzi, pour le personnage de Sonia, la petite amie. Au tournage, le personnage a pris une importante qu’il n’avait pas au scénario. Hafsia a brisé la construction bipolaire du film. Elle a pris beaucoup de place. Et je l’ai laissé faire. Ça me plaisait. Je sentais que le couple Guillaume-Hafsia représentait quelque chose de moderne.
Béatrice Dalle était un choix évident. Qui d’autre pouvait incarner une femme entraineur de boxe qui domine toute une salle ? Qui d’autre pouvait avoir en même temps ce côté maternel que je cherchais pour ce personnage ? Travailler avec Béatrice était un rêve. Je ne me suis pas encore réveillé.
Pour le pasteur, je suis passé de Tchéky Karyo (qui avait joué le personnage dans les scènes à emergence) à Serge Riaboukine. Après emergence, le film s’est en effet beaucoup écrit. Le personnage devenait un ogre, une montagne abîmée.

Noémie Lvovsky

Elle faisait partie du jury à l’oral et ce fut le coup de foudre entre nous. Quand on m’a demandé de choisir un « parrain », j’ai pensé à elle. Elle a accepté à condition que je ne la considère pas comme une marraine mais comme une amie. Ce fut une présence indispensable à toutes les étapes de la session et bien au-delà. Noémie a suivi le projet dans toutes ses étapes. Je lui dois beaucoup.

Emergence

emergence a créé la possibilité de rencontres dont je ne peux mesurer le prix dans ma vie. Je ne sais pas quel serait le visage de mon film sans emergence. Ce serait totalement différent. Car avant le tournage du film proprement dit, emergence vous met déjà dans un état d’urgence. Vous avez des choix à faire. Et ces choix m’ont suivi jusqu’à aujourd’hui, humainement, professionnellement.

Après emergence

emergence a suscité des pistes de réécriture, de casting, et a confirmé des pistes formelles : un tournage très lumineux, en été, avec des plans séquences très composés, en 35mm, scope. Le film s’est monté avec le CNC, Canal+, la Région Rhône-Alpes, France 3 et le distributeur Pyramide. Avec ce film, pratiquement toute l’équipe est passée au long métrage pour la première fois. Du producteur à la chef opératrice, en passant par l’ingénieur du son ou la monteuse. Pour eux aussi, il s’agissait d’emergence. »