Aller au contenu >>

Vous êtes ici : Accueil > Résidence cinéma > Réalisateurs lauréats > Léa Fehner

Léa Fehner

Léa Fehner

sélectionnée à emergence pour Qu’un seul tienne et les autres suivront marraine Julie Bertuccelli page film

Filmographie

Les Ogres (2015)
Festival du film romantique de Cabourg, Prix du jury
Festival international du film d’Odessa, Prix du jury
Festival international du film de Rotterdam, Prix Grand Ecran
Festival international du film de Sao Paulo

Qu’un seul tienne et les autres suivront (2009)
Prix Louis-Delluc du meilleur premier film
CoLCoA, Prix du premier film
Prix Lumières de la révélation féminine pour Pauline Etienne
Festival du film de Deauville, Prix Michel d’Ornano
Nommé aux César du meilleur premier film et du meilleur espoir féminin
Festival de Venise

Sauf le silence (court métrage, 2002)

Entretien avec la réalisatrice

Entretien avec Léa Fehner, Propos recueillis par Ghislaine Laussel (2009)
Comment s’est faite votre rencontre avec emergence ?

C’est une rencontre un peu saugrenue : j’étais au tout début de la production de mon film, je venais de terminer mes études à La fémis en section scénario et mon projet de fin d’études avait reçu de bons échos et les félicitations du jury. Les producteurs, souvent alertes sur les scénarios déjà écrits, m’ont pas mal sollicitée.
Juste avant emergence, j’avais rencontré un certain nombre de producteurs. C’était assez curieux, je venais de signer avec Rezo Films quand j’ai reçu un appel d’Elisabeth Depardieu qui m’annonçait avoir lu mon projet, qu’il avait déjà passé le premier tour ; elle m’invitait à présenter mon scénario au second tour. Je n’avais pas spécialement postulé ! En même temps, quelque soit le résultat, j’allais passer deux heures avec des gens qui m’avaient l’air assez passionnant : leurs retours, dans l’absolu, m’intéressaient. Ils avaient lu mon scénario de long-métrage et vu Sauf le silence, mon dernier court-métrage.
Dans ce film, j’avais cherché à retranscrire l’instant « T » où les familles apprennent l’incarcération d’un proche ; ce moment suspendu, très violent où l’on se sent volé de l’être cher sans pouvoir l’atteindre. J’ai raconté l’histoire d’une femme dont le mari vient d’être incarcéré et comment, dans les quelques heures qui suivent cet événement, elle se débat entre ses sentiments et l’avalanche de détails administratifs et pratiques qu’il lui faut alors assumer. Je voulais aussi filmer l’envie folle, irraisonnée qu’elle a de lui parler malgré les murs, envie qui se résout dans un « parloir sauvage » aux abords de la prison de la Santé.
Lors de l’écriture de ce court-métrage, je suis allée me renseigner, pour être plus précise, à la prison de Fleury Mérogis (91) et à celle de Villepinte (93), et j’y suis restée. Aux abords de ces prisons, j’ai fait de nombreuses rencontres très fortes, très puissantes. Mon long-métrage Qu’un seul tienne et les autres suivront est né, par ricochet, des rencontres que m’a permis de faire mon court-métrage.

Scénario écrit, producteur acquis, pourquoi avoir fait la session ?

Les aléas de la production d’un long-métrage sont autant d’obstacles qui rendent sa concrétisation assez longue –même si, pour moi, cela s’est fait en deux ans et demi, ce qui est loin d’être insurmontable ! Donc, on est à la recherche de tout ce qui peut donner au projet une réalité tangible, de tout ce qui peut le rendre présent au jour le jour sans qu’il s’épuise…
Durant cette période, on ronge son frein, on a envie de réaliser, de rencontrer des acteurs. Un long-métrage est une course de fond alors ce fut assez merveilleux subitement de pouvoir réaliser certaines séquences, d’en discuter avec d’autres personnes que les producteurs et les scénaristes, d’affronter son projet aux regards extérieurs, purement spectateurs. Et ça, ce que permet emergence, c’est un appel d’air, une respiration soudaine. Bien sûr, les conditions d’emergence sont compliquées puisque ce qu’on y réalise n’est qu’un brouillon, pourtant durant ce temps, on n’est plus toute seule devant son ordinateur, toute seule dans son cerveau, on met la main à la pâte et ça fait du bien. emergence permet de rencontrer des acteurs, de donner une réalité au film. Au final, ce que je ne soupçonnais pas, c’est l’impact qu’ont eu les séquences faites à emergence auprès des financiers. Il faut pourtant se mettre à leur place : ils n’ont souvent pour se décider sur un premier film qu’un rapport au papier, 120 pages sans visage ni style visuel. Cette ébauche leur permet de dépasser ce rapport à un scénario, à un film de papier.

Qu’avez-vous expérimenté ?

Pour emergence, j’ai choisi de tourner deux séquences qui présentaient chacune à leur manière des difficultés. La première, une scène de bagarre entre deux hommes, devait être très violente, très brusque tout en étant très dialoguée. Chercher à trouver cette violence au milieu des mots m’intéressait beaucoup. La seconde séquence était plus légère, plus drôle, ce qui est aussi très difficile à réussir. Je me suis fait plaisir sur emergence : j’ai distendu cette scène sur dix minutes. Dans ce cadre-là, j’ai eu la chance, avec les comédiens, d’avoir le temps de chercher un certain type d’humour, une insolence tranquille ; j’ai eu la chance d’avoir ce temps pour comprendre comment faire émerger ces sentiments.
Ce qui m’intéressait, c’était, comme toujours, de travailler la direction d’acteurs.
La scène imposée fut aussi très plaisante à tourner. J’ai pu tester la voix-off, un montage beaucoup plus expérimental. J’ai tourné une soixantaine de plans en une journée avec une liberté qui venait en partie du fait que cette scène n’avait rien à voir avec mon film, que je pouvais la tourner avec une plus grande gratuité. Réaliser une scène qui ne faisait pas partie de mon film, se fut aussi, d’une certaine manière, reposant et plaisant.

L’après emergence ?

Je n’ai rien modifié en profondeur. J’ai transformé certains de mes dialogues trop écrits, trop « fleuris » qui, je m’en suis rendu compte sur emergence n’auraient pas toujours résisté à la manière dont j’avais envie de filmer, plus réaliste. J’ai réécrit cette séquence violente par exemple : effectivement, il fallait être plus dans l’acte, le physique.
L’après-emergence ? C’est plutôt « l’avant tournage »… On attend pendant un an, on ne fait plus rien de sa vie, les financements se font attendre, on se demande si son film va exister alors on tourne en rond, on réécrit mais cette période de maturation, même si elle est difficile, m’a nourrie. A la toute fin, n’y tenant plus, je me suis lancée dans l’écriture d’un autre scénario pour sortir de la post-production de mon long métrage avec un nouveau synopsis, avec un nouveau projet à travailler.
J’ai beaucoup aimé être dans l’ambiance de cette session emergence, entourée de personnalités très diverses, des lauréats avec des projets et des âges très différents. Cela fait du bien d’échanger avec des cinéastes qui, comme moi, essaient de mener à bien un projet cinématographique. Cette opportunité de pouvoir s’enrichir auprès de gens qui découvrent avec bienveillance est rare. »