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Katell Quillévéré

Katell Quillévéré

sélectionnée à emergence pour Un poison violent parrain Bertrand Bonello page film

Filmographie

Réparer les vivants (2015)

Suzanne (2013)
César de la meilleure actrice dans un second rôle pour Adèle Haenel
Semaine de la Critique
Festival international du film de Rotterdam

Un poison violent (2010)
Prix Jean Vigo
Festival international du film de Rotterdam
Quinzaine des Réalisateurs

L’Échappée (court métrage, 2009)

L’Imprudence (court métrage, 2007)

À bras le corps (court métrage, 2005)

Entretien avec la réalisatrice

Entretien avec Katell Quillévéré, Propos recueillis par Bernard Payen (2010)

« Quand j’ai reçu le prix emergence au festival Côté Court à Pantin pour mon court-métrage A bras le corps, Elisabeth Depardieu m’a demandé si j’avais un projet de long métrage. Je n’avais alors qu’une première version de Un poison violent. Mon producteur se posait la question de la nécessité de faire emergence, mais je me suis dit que cela me donnerait tout simplement la possibilité de tourner. Je manquais d’expérience de tournage et de direction d’acteurs et j’y voyais la possibilité de m’exercer.
Pour emergence j’ai écrit deux scènes qui, liées, pouvaient exister en tant que film à part entière.
Je me suis alors lancé le défi de réaliser un court métrage de 13 minutes en respectant les contraintes, à savoir deux jours de tournage, quatre jours de montage image, deux jours de montage son. Le découpage était très précis, j’avais fait beaucoup de répétitions et nous faisions trois prises par plan au maximum. C’est un film dont je suis contente mais que je vois comme un objet intermédiaire et singulier, entre le film personnel et la commande.

Du court au long

Je suis partie de la scène de la rencontre entre les deux adolescents dans mon film, avant de l’adapter, de la modifier. Dans le court métrage, je l’ai travaillé comme un conte, en filmant la rencontre à la frontière de l’onirisme et du naturalisme. Tourner L’Imprudence de cette manière m’a permis de penser que la nature de la relation des deux adolescents devait être plus réelle. J’ai voulu me situer davantage du côté de la fragilité de l’adolescence et de sa réalité. J’ai privilégié dans le long métrage une réalisation plus « brute », en plan séquence (alors que la rencontre dans le court est filmée en champ contre champ), davantage au service des acteurs.

Casting

Faire des castings était nouveau pour moi car pour A bras le corps, j’avais choisi deux enfants croisés dans mon quartier. Je n’ai pas pu reprendre les mêmes comédiens pour le long métrage car deux ans après, ils étaient devenus trop grands.
Pour les castings, il y a deux solutions, soit tu vas dans les agences, soit tu fais un casting sauvage, qui demande énormément de temps. Pour L’Imprudence, j’avais amorcé un travail mais nous avons finalement trouvé Pénélope Lévêque, la jeune actrice, dans une agence.
Pour Un poison violent, j’ai tout recommencé à zéro. On a écumé toutes les agences parisiennes avant d’organiser des castings en région Bretagne. C’est comme ça que j’ai trouvé les deux jeunes comédiens.
Pour comprendre qui je cherchais, j’avais besoin de voir beaucoup d’adolescents. Cela me permettait de construire et préciser une recherche. Ensuite, c’est une question de rencontre et d’instinct. La personnalité, la « cinégénie » et la justesse immédiate de jeu sont pour moi les trois qualités à réunir pour attirer l’attention.

Tourner avec des adolescents

Tourner avec les adolescents n’est pas simple : il faut créer un climat de confiance, et ne pas lâcher sur les choses qui les mettent mal à l’aise. Il faut être aussi capable de repenser ton histoire pour qu’ils puissent se la réapproprier. Dans le court métrage, je n’arrivais pas à obtenir d’eux de jouer une scène un peu délicate sexuellement. On était en fin de journée, dans la forêt, la lumière baissait, alors j’ai écrit une scène de baiser qui a fait basculer le film vers quelque chose de plus sentimental.
En préparant ton film, tu es confronté en permanence à un réel qui te résiste. Tu réécris beaucoup, tu trouves des choses nouvelles avec ton équipe, les acteurs, les décors. Un autre film se construit, beaucoup plus passionnant que celui que tu as écrit.

Après emergence

J’ai réécrit le scénario et notamment les dialogues en fonction des scènes tournées. Le film a mis du temps à se faire parce que nous n’avons jamais eu l’avance sur recettes, malgré quatre passages en commission plénière ! Et un distributeur, qui s’était pourtant engagé sur scénario, s’est retiré du film, nous poussant à tourner un an plus tard que prévu. Le film s’est monté financièrement avec Arte, Canal+, CinéCinéma, les régions Bretagne et Pays de Loire, La Fondation Gan, une Sofica, et le nouveau distributeur, Sophie Dulac.
Je savais qu’en montant le film sans CNC, la question de la notoriété des acteurs pouvait se poser mais ça ne me dérangeait pas tant que je ne les choisissais pas contre mon intuition. Et le travail avec Lio et Michel Galabru s’est merveilleusement bien passé. On peut avoir peur de contacter des acteurs connus, mais la peur est ta meilleure amie quand tu fais un film : tu te lances constamment des défis qu’il faut relever. Si tu ne prends pas un minimum de risques, notamment en matière de casting, tu prends le risque de ne pas faire un bon film. »