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Isabelle Brocard

Isabelle Brocard

sélectionnée à emergence pour Ma compagne de nuit parrain Christophe Blanc page film

Filmographie

Ma compagne de nuit (2009)

Entretien avec la réalisatrice

Entretien avec Isabelle Brocard et Hélène Laurent, Propos recueillis par Bernard Payen (2010)

« A l’origine de ce film, il y avait l’envie d’écrire toutes les deux. Sans être directement autobiographique, le sujet répondait à des expériences personnelles et au ras-le-bol de voir des films sur la fin de vie qui faisaient thèse (pour ou contre l’euthanasie par exemple) ou qui, par des « happy-end », rendaient le thème plus léger. Il y avait l’envie de parler de la relation avec la famille, l’entourage. Le tout sans pathos.
Hélène et moi avions déjà fait ensemble un court métrage : notre forme de coréalisation a toujours reposé sur le fait que je faisais de la mise en scène, et qu’Hélène intervenait à titre de conseil et de regard. Quelles que soient nos expériences précédentes, emergence m’a permis de me sentir légitime sur un plateau.
La sélection de notre projet est arrivée juste après l’obtention de l’avance sur recettes. Nous savions donc que le film se ferait. Cela nous donnait à la fois beaucoup de confiance et en même temps nous mettait la pression.

Scène imposée

On n’a pas fait d’école de cinéma, alors cet exercice nous a beaucoup amusé. Ce fut un moment très agréable et drôle. C’était une scène écrite par Hélène Angel qui se prêtait assez bien au fantastique. Nous lui avons donné une dimension hitchcockienne en reprenant les codes du cinéaste, et nous l’avons réalisée en noir et blanc, avec des costumes un peu année 50, etc. C’était très jouissif à faire !

Casting

Pour le long, nous avons retravaillé avec des gens rencontrés sur emergence comme Tatiana Vialle qui avait fait le casting. C’est elle qui avait trouvé les deux héroïnes, Emmanuelle Béart et Hafsia Herzi, il était logique qu’elle poursuive le travail sur les autres rôles.
Pour le rôle tenu par Hafsia, je cherchais un personnage très terrien, très incarné, très jeune, et quand on l’a rencontrée, il y a eu une évidence. Pour Emmanuelle Béart, c’était un vieux rêve mais je n’y croyais pas trop. On est d’abord parti sur l’idée de comédiennes moins connues mais elles ont refusé ! Elles n’étaient pas prêtes à se voir malades et affaiblies à l’écran. Tatiana nous a soutenu dans le choix d’Emmanuelle, nous l’avons rencontrée et elle a accepté.

Scène libre

Lors de la session, nous avons essayé d’articuler les deux séquences pour qu’elles soient vues comme un petit court métrage avec plusieurs moments entre la fin de soirée et le petit matin.
La scène du médecin a été écrite spécialement pour emergence. Nous avons compris au moment du tournage qu’il ne fallait pas que ce personnage boulimique soit incarné par un acteur trop rond, ce qu’était Vincent Debost, le comédien choisi initialement.
Lors du tournage des scènes, nous avons compris aussi qu’il fallait travailler le personnage d’Hafsia qui ne convenait alors pas physiquement au rôle. Elle était trop gracieuse, alors que le personnage est masculin et brutal.
Cette séquence nous a permis également de comprendre que nous ne voulions pas exploiter la tonalité la plus tendre du scénario, sans doute plus accessible pour entrer dans l’histoire, mais qui n’était pas la raison pour laquelle nous l’avions écrite. Ce n’est d’ailleurs que quelques semaines plus tard, lors de répétitions, que nous avons perçu la violence des scènes écrites.
Lors de cette session à emergence, j’ai testé aussi quelques idées de découpage et de mise en scène : j’avais très envie de tourner la séquence du médecin en plan séquence, avec un mouvement de caméra réalisé avec une Dolly.
Cela m’a permis de comprendre que je ne voulais pas ce type de réalisation.

Emmanuelle Béart

À emergence, le rôle de Marine était tenu par une comédienne du stage de formation d’acteurs. Nous savions déjà que le rôle serait tenu par Emmanuelle Béart, mais elle n’a pas désiré venir jouer dans la séquence emergence. S’investir dans un tel rôle juste pour une demi-journée de travail était trop compliqué. Il lui fallait une expérience pleine, unique dans laquelle elle devait se jeter. Pour le tournage du film, elle s’est immergée complètement dans le rôle et a mis du temps à en sortir. Ce fut une vraie aventure de comédienne.

Manuel peskine

Parmi les compositeurs proposés lors de la session d’emergence, nous avons choisi immédiatement Manuel Peskine. C’était une évidence. Pour la scène imposée, il a composé une musique à la Bernard Hermann qui a considérablement aidé le film à se rapprocher d’un pastiche hitchcockien.
Pour une des deux scènes libres, il a écrit une très jolie musique qu’on a d’ailleurs reprise dans une des séquences du long métrage. Sa musique est à la fois très classique et très originale.
Il utilise des instruments classiques, notamment des cordes, et on entend le bois, les frottements, les souffles des musiciens. Il arrive aussi à trouver des mélodies profondes et lyriques. Manuel a un véritable univers, mystérieux, qui rejoint en cela le thème de l’approche de la mort et l’opacité des relations entre les personnages.
Il est évident que, si nous n’avions pas été mises en contact avec un compositeur à cette étape là de notre projet, nous ne serions pas nécessairement posé la question d’ajouter de la musique dans notre film. emergence a permis cette rencontre. »