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Elie Wajeman

Elie Wajeman

sélectionné à emergence pour alyah parrain Cédric Kahn page film

Filmographie

Les Anarchistes (2015)
Semaine de la Critique
Nommé aux Lumières dans la catégorie meilleure image
Nommé au César du meilleur espoir masculin pour Swann Arlaud

Alyah (2012)
Quinzaine des Réalisateurs
Festival du film de Varsovie
Festival de films CINEMANIA
Festival du film français en Israël
CoLCoA

Arturo (court métrage documentaire, co-réal : Lila Pinell)

Platonov, la nuit est belle (court métrage, co-réal : Mia Hansen-LØve)

Los Angeles (court métrage, 2004)

Echo (court métrage, 2004)

Entretien avec le réalisatreur

Extrait d’un entretien avec Elie Wajeman, propos recueillis par Bernard Payen (2012)
Quel était le point de départ d’Alyah ?

L’idée de départ m’a été donnée par un exercice de La fémis sur Abel et Caïn que j’ai transformé en scénario. J’ai voulu raconter l’histoire d’un dealer, qui représente pour moi une figure moderne, quelqu’un qui voudrait atteindre le bonheur en partant du fondement d’une économie pourrie. Ensuite j’ai pensé qu’il pouvait avoir envie à un moment de son histoire de partir en Israël. J’ai fait alors une enquête documentaire sur l’Alyah. Mais je tenais vraiment à l’idée du portrait d’un personnage, tel qu’un documentariste le ferait. J’avais en tête des références cinématographiques comme A bout de souffle de Jean-Luc Godard, Les Amants de la nuit de Nicholas Ray ou La 25ème heure de Spike Lee. Le mélange des genres m’attirait aussi beaucoup : je pensais à La Sentinelle d’Arnaud Desplechin, qui déjà racontait une histoire d’amour et de famille à travers un récit d’espionnage. J’avais envie de faire un film noir qui me permettrait de mettre en scène des sentiments amoureux, amicaux ou fraternels dans une atmosphère tendue « à la vie, à la mort ».

Tu as commencé à écrire le scénario seul, puis tu as travaillé avec Gaëlle Macé…

Avec Gaëlle, on a trouvé le centre névralgique du film : qu’est-ce que la dette ? Que doit-on à une amoureuse qu’on a quittée lâchement ? Que doit-on à une nouvelle amoureuse ?
Que doit-on à un frère agaçant mais qui est quand même ton frère ? Que doit-on à Israël quand on est juif ? Gaëlle m’a également beaucoup aidé sur la manière très concrète d’écrire un personnage, écrire sa fiche biographique par exemple.

Comment avais-tu entendu parler d’emergence ?

Mes producteurs connaissaient bien le fonctionnement d’emergence et ont pensé que cela pouvait m’aider de le faire. A l’époque, j’avais déjà une expérience des plateaux, j’avais fait pas mal de courts métrages, avant et après La fémis, notamment mon court métrage Los Angeles, dans lequel on retrouve beaucoup de thèmes qui traversent encore Alyah comme Paris, la nuit, un héros en quête de destin, les amants de la nuit… Mais il n’y avait pas encore la question de ce que l’on fait de son passé. Los Angeles est mon dernier film adolescent. J’avais aussi entendu parler d’emergence par Mia Hansen-Løve, réalisatrice et amie, qui l’avait fait deux ans avant moi.

Tu savais déjà quelles scènes de ton scénario tu voulais tenter ?

Je savais que le personnage était pris entre plusieurs champs de possibilités, il y avait deux ou trois pôles importants qu’il fallait travailler : le personnage de son ex-copine, Esther, le deal, et le frère envahissant. J’ai choisi de tourner trois scènes en rapport avec ces trois dimensions importantes. La séquence tournée avec le personnage d’Esther (interprétée par Sarah Le Picard), je l’ai réécrite après emergence : la scène était réussie mais dans l’écriture, cela ne fonctionnait plus : elle se rendait trop disponible à lui. Esther est un personnage qui a fait un choix. Même si elle est encore amoureuse de lui, elle ne doit plus être disponible pour lui. Je voulais faire le portrait d’une femme très digne.

Tu savais avec qui tu voulais travailler ?

J’avais rencontré le chef opérateur David Chizallet à La fémis, ça s’était très bien passé avec lui sur le tournage de Los Angeles, et je voulais qu’il fasse mon premier long métrage. Je voulais travailler avec Sarah Le Picard pour le rôle d’Esther et le tournage de sa scène à emergence m’a conforté dans ce choix. J’avais choisi Lionel Dray pour incarner le grand frère mais il était trop jeune pour le rôle. Le frère devait être plus âgé que le héros interprété par Samuel Achache à emergence.
Mais le tournage des scènes m’a fait comprendre que filmer la chronique existentielle d’un petit dealer ashkénaze incarné par Samuel – pourtant très émouvant et convaincant-donnait d’entrée de jeu beaucoup trop d’indications sur sa fragilité.
Il me fallait un acteur plus physique, plus massif, pour évoquer l’idée qu’il se passerait plus de temps avant qu’il ne s’effondre. C’était l’idée de travailler davantage sur le contraste, un peu à l’image de Rocky et de ce Stallone tellement musclé qu’il s’effondre en deux secondes. Ce sont ces réflexions et d’autres données qui m’ont poussé à rechercher ensuite un autre acteur. Et ce fut Pio Marmaï, qui est formidable dans le film. Mais ne pas choisir Samuel a été douloureux.

Qu’est ce que l’expérience d’emergence t’a apporté ?

Beaucoup de choses, aussi bien des rencontres bien sûr, par exemple Gaëlle Usandivaras qui a réalisé les décors de mon film, ou encore Teddy Lussi-Modeste (côtoyer des cinéastes donne toujours des forces) que des éléments de mise en scène très concrets : notamment l’expérimentation de la Dolly, ou mieux encore la combinaison de la caméra à l’épaule et du travelling sur Dolly, pour me permettre de réaliser la chorégraphie des personnages qui me tenait à cœur.
J’ai compris aussi à emergence que David Chizallet allait être un filtre entre moi et les acteurs. J’étais assez inquiet en arrivant à emergence car il y avait des enjeux importants à ne pas rater. C’est aussi une compétition, on sait que l’on sera jugé, qu’il y aura une projection publique des scènes que l’on tourne. Faire emergence m’a permis en définitive de me rassurer : même si j’avais déjà fait des films, j’avais l’impression de répartir à zéro avec ce projet.
Les scènes tournées ont permis aussi de rassurer mes producteurs, de leur montrer que je savais tenir un plateau ou que j’arrivais à m’affirmer comme metteur en scène.

Cédric Kahn, qui joue dans ton film, était ton parrain à emergence ?

Oui mais il n’a pu venir sur le tournage des scènes libres car il tournait lui-même à ce moment-là. Il les a vues ensuite et m’a encouragé. C’est Olivier Assayas qui l’a remplacé sur le tournage à emergence et qui a d’ailleurs suivi le projet jusqu’au bout, je l’ai invité à venir voir le film au montage.
C’est à La fémis que j’ai rencontré Cédric Kahn. J’étais très impressionné par ce type très charmant. J’avais envie qu’il m’aime, je faisais tout pour attirer son attention. Après emergence, il a lu la nouvelle version du scénario, m’a encouragé, mais a refusé le rôle du frère quand je lui ai proposé une première fois. J’ai choisi alors un autre acteur qui a fini par me planter. C’est en revenant vers Cédric qu’il a accepté, non sans avoir demandé à faire des essais.
J’avais le sentiment que sa voix, sa nature, son charisme, serviraient le personnage, qui devait être comme un méchant d’Hitchcock : à la fois terrifiant et charmant. Il a pris beaucoup de plaisir à jouer le rôle, une véritable jubilation que je lui enviais.

Comment s’est déroulé le financement de ton film ?

Ce fut très long. J’ai obtenu l’avance sur recette au bout de trois essais, il y a eu entre-temps un an de travail pour réécrire le scénario avec Gaëlle Macé. Puis le distributeur Rezo Films est arrivé, et enfin France 2.