Aller au contenu >>

Vous êtes ici : Accueil > Résidence cinéma > Réalisateurs lauréats > Brigitte Sy

Brigitte Sy

Brigitte Sy

sélectionnée à emergence pour Les mains libres parrain Jacques Fieschi page film

Filmographie

La Promenade du diable (court métrage, 2015)

L’Astragale (2014)
Festival international du film de Münich
Festival international du film de Zurich
Festival international du film de Vienne

Les Mains libres (2011)
Berlinale
Festival international du film de Rio de Janeiro
Festival international du film de Göteborg

Fruits de mer (court métrage documentaire, 2009)

L’Endroit idéal (court métrage, 2008)

Entretien avec la réalisatrice

Entretien avec Brigitte Sy, Propos recueillis par Bernard Payen (2010)

« emergence a été une expérience décisive car je n’avais jamais tourné de ma vie ! A part les ateliers théâtre en prison et le travail avec les détenus, je n’avais jamais utilisé de caméra, et je ne m’étais jamais retrouvée dans les conditions d’un tournage.
J’ai pu confronter l’écriture de mon scénario à une réalité de tournage sur deux séquences. Ce fut extrêmement positif pour moi !

Scène imposée

C’était une séquence écrite par Jacques Fieschi. C’était un exercice nouveau qui m’a beaucoup plu ! J’adorais l’idée de la contrainte, de tourner en une journée et de la monter en deux jours, etc. Plus il y a de danger, moins il y a de temps, plus il y un concours de quitte ou double et ça me stimule énormément.

Les scènes libres

J’ai rencontré lors de la session emergence le chef opérateur Frédéric Serve et nous nous sommes tellement bien entendus qu’il est devenu le chef opérateur du court et du long métrage. C’est une rencontre très importante. On est pareil ! On a besoin de travailler beaucoup en amont, et on aime travailler vite. J’ai choisi deux séquences qui sont restées dans le long métrage.
L’une est un simple champ contre champ entre les deux personnage féminins dans un restaurant, et l’autre, plus compliquée, décrivait une scène de répétition dans la salle de théâtre avec les détenus, au sein de laquelle se produisait un mini événement entre les personnages principaux. Pour cette séquence, on avait élaboré une mise en scène plus complexe que nous n’avons d’ailleurs pas eu le temps de reproduire dans le film. Dans le long métrage, elle se retrouve en deux temps du film.
L’autre scène, le champ contre champ dans le restaurant, n’avait pas été écrite pour se passer dans un tel lieu. Mais je l’ai situé là pour faciliter la lecture des membres des commissions quand on a déposé le scénario. Cela permettait de la rendre plus vivante. On l’a tourné dans un restaurant et je me suis rendu compte qu’elle n’avait aucun intérêt, cette scène ne devait pas être « installée » dans un lieu. Le restaurant était une bonne idée pour la lecture du scénario mais pas pour le film !

Les comédiens

J’ai mis beaucoup de temps à choisir la comédienne qui incarnerait Barbara, il fallait une actrice avec qui je puisse m’identifier parce qu’elle allait incarner un personnage qui me ressemble beaucoup ! J’avais beaucoup de mal à la trouver jusqu’à ce que je découvre Ronit Elkabetz dans Mon trésor : c’était l’évidence absolue ! C’est ensuite que j’ai trouvé Carlo Brandt, puis Noémie Lvovsky.
J’avais choisi tous les acteurs avant emergence et tous ont pu être présents pour tourner les scènes libres malgré un emploi du temps chargé.
Après la session, j’étais certaine qu’ils étaient les personnages, même si je n’avais pas beaucoup de doutes avant.
La direction d’acteurs n’était pas une découverte pour moi parce que j’en avais déjà une longue pratique avec les détenus en prison, mais ce qui était nouveau pour moi était d’être face à des « chevaux de course », des acteurs aguerris comme Ronit, Carlo, Noémie. J’avais très peur de ne pas leur dire ce qu’il fallait leur dire, de ne pas faire comme il allait faire, et j’avais le trac ! En même temps, avec des comédiens expérimentés, il faut se ranger à l’économie des mots, j’ai vite compris que moins j’en dirai, mieux ce serait !
L’incarnation des personnages par les comédiens, leur rythme, leur pensée, leur âme transforment l’écriture mais je n’ai pas changé beaucoup de choses dans les dialogues par exemple. Et je leur ai parfois laissé la possibilité d’improviser.

Le montage

J’ai rencontré Julie Dupré, la monteuse choisie par emergence pour la scène improvisée, et là aussi, comme avec Frédéric Serve, on s’est vraiment trouvé. Julie est une jeune monteuse, elle a déjà fait des choses mais n’a pas encore monté 35 films comme Martine Giordano qui a monté mes scènes libres. Julie et moi étions au même rythme, elle était très respectueuse de ce que je voulais ou non. Martine, elle, allait dix fois plus vite que moi, mais ne me laissait peut-être pas le temps de faire mon cheminement. Comme Martine n’était pas libre pour monter L’Endroit idéal, Julie l’a remplacée. Comme tout s’est bien passé, elle a monté aussi Les Mains libres.

Après

J’aurais bien tourné le long métrage directement, sauf que nous n’avions pas encore les financements. Je ne voulais pas attendre, et j’ai voulu tourner un bout de film. J’ai tourné le court métrage L’Endroit idéal dans l’idée que ce que je tournais serait réinvesti dans le long. On n’a pas tout gardé, on a retourné aussi une séquence du court dont j’étais mécontente. Et ce que je n’ai pas gardé n’était pas utile à la narration du court.
emergence m’a donné une légitimité. Cela m’a permis de comprendre que j’étais capable de faire de ce film. En prison, je n’impliquais que moi et les détenus. Personne n’était là pour valider mon travail.
À emergence, le regard sur toi est démultiplié et cela m’a donné beaucoup de confiance en moi. J’avais pas mal d’indices que ça allait être possible de faire ce film mais j’en étais sûre après ! »