Aller au contenu >>

Vous êtes ici : Accueil > Résidence cinéma > Réalisateurs lauréats > Audrey Fouché

Audrey Fouché

Audrey Fouché

sélectionnée à emergence pour Memories corner parrain Jacques Doillon page film

Filmographie

Memories Corner (2010)
Festival international du film de Shanghai
BIFF

Entretien avec la réalisatrice

Extrait d’un entretien avec Audrey Fouché, propos recueillis par Bernard Payen (mai 2011)

C’est mon producteur Jérôme Vidal qui m’a proposé de concourir à emergence.
Je n’avais pas eu l’occasion de tourner depuis la réalisation d’un premier court métrage à l’école et il me paraissait intéressant de tourner deux scènes de mon projet dans ce cadre-là, plutôt qu’un court métrage dont le sujet et les enjeux seraient autres.
Jérôme a intégré emergence dans un processus global de recherche de financements.
Un premier film réalisé au Japon, c’était un projet ambitieux pour lui comme pour moi, qui nécessitait de recevoir la confiance de nombreux partenaires financiers.

Casting

J’ai pensé très vite à Clémence Poésy pour le rôle principal. Elle s’est beaucoup investie dans les scènes tournées à emergence et j’avais très envie qu’elle soit l’héroïne de mon film.
Malheureusement quand j’ai reçu l’aide du CNC et que la perspective de faire le film s’est concrétisée, Clémence était engagée sur le tournage d’un Harry Potter et a dû décliner ma proposition. Deborah François a finalement interprété le rôle. C’est une actrice formidable que j’aime beaucoup et qui s’est totalement impliquée dans l’aventure du film.
Hiroshi Abe, l’acteur de Still Walking de Kore-eda a aussi rejoint le casting avec Hidetoshi Nishijima, qui a notamment joué dans Dolls de Takeshi Kitano. Tous deux ont été d’une grande humilité et d’une grande générosité.

Les deux scènes libres

Ces deux scènes présentaient différents enjeux. La première scène, parlée en japonais,
en français et en anglais, raconte la rencontre des personnages féminin et masculin principaux. On découvre pour la première fois le personnage incarné par Abe Hiroshi,
qui détient le secret du film.
Tout l’enjeu était de trouver la bonne manière de le filmer car il fallait suggérer une possible orientation fantastique du récit tout en permettant, par ailleurs, une lecture
très réaliste de la situation. En discutant avec Karine Arlot, la chef-opératrice avec laquelle j’ai travaillé pendant la session emergence, nous avons rapidement décidé d’introduire ce personnage de dos, en un long travelling latéral qui suivait l’échange des personnages autour de lui.
En jouant du temps de cette conversation, le désir de découvrir le visage de ce personnage devient de plus en plus insistant : il focalise toute l’attention dramatique de
la scène quand il prend la parole pour la première fois et lève enfin les yeux sur nous.
Dans le traitement de la lumière, c’est le choix de jouer d’ombres franches sur son visage
qui nous a orienté dans la construction de l’atmosphère – un peu à la manière de l’éclairage des personnages fantastiques dans Kaïro de Kiyoshi Kurosawa.
La deuxième scène est difficile à décrire car elle vient révéler un des principaux enjeux
du film. C’est la principale scène de confrontation et d’affrontement du film, un affrontement dont le personnage féminin ne veut pas. Nous avons donc opté pour une mise en scène d’évitement : le mouvement du cadre suit la fuite d’un des personnages, l’enferme un moment quand le second personnage en présence le rejoint, pour finalement l’accompagner dans un nouveau mouvement de fuite… Et ce jusqu’à ce qu’il n’y ait plus d’échappatoire.
Cette scène comportait un autre enjeu pour moi : déterminer un équilibre de jeu entre une actrice européenne et un acteur japonais car, culturellement, les conflits sont moins frontaux et moins verbalisés au Japon.
J’ai pu repérer le point d’achoppement de cette scène et m’en souvenir au moment du tournage à Kobe. Ce n’était d’ailleurs pas très évident de recréer le Japon dans une chambre du Centre national du rugby à Marcoussis ! Mais grâce à l’approche très juste de Gaëlle Usandivaras et Géraldine Pain, les décoratrices, nous avons réussi à suggérer une atmosphère sans tomber dans le cliché. J’avais choisi ces deux scènes car leurs enjeux dramatiques se répondaient, même si elles étaient chronologiquement assez éloignées dans le scénario.
Avec Nicolas Desmaison, le monteur du projet, nous avions la volonté de construire un objet séduisant, qui pourrait être utilisé comme un teaser à part entière.
Je crois que ça a marché car beaucoup de professionnels ont réagi positivement en le voyant.
Quelque temps plus tard, nous avons obtenu l’avance sur recettes et signé avec un distributeur. Nous avons reçu aussi les aides financières de France 3, Canal+, des Soficas et des aides québécoises, une façon de contourner l’absence d’accord de coproduction entre la France et le Japon.
emergence a donc représenté pour moi une aide très concrète. Humainement, ça reste aussi un excellent souvenir et c’est pourquoi j’ai un grand attachement pour ce programme.
Lors du tournage du film, un an et demi après, le souvenir de cette expérience m’a beaucoup aidée et m’a servi de tuteur.
Au Japon, j’étais en définitive la seule personne de l’équipe à n’avoir jamais mis les pieds sur un plateau de long métrage ! Avoir eu l’opportunité de tourner quelques scènes dans un cadre moins stressant m’a permis de construire une (relative) confiance en moi.

Les scènes imposées

Je les ai abordées de manière légère car le scénario et les acteurs nous sont imposés. Dans ce cadre, je souhaitais avant tout m’amuser avec l’histoire que je découvrais
et les gens que je rencontrais, sans surinvestir l’exercice. Ce fut notamment l’occasion d’une belle collaboration avec le compositeur Grégory Libessart, dont la musique a donné beaucoup de personnalité à la scène.