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Alice Winocour

Alice Winocour

sélectionnée à emergence pour Augustine marraine Patricia Mazuy page film

Filmographie

Maryland (2015)
Festival international du film de Cannes, un Certain Regard
TIFF
Festival international du film de Seattle

Augustine (2012)
Nommé aux César du meilleur premier film et du meilleur costume
Festival international du Film de Mar Del Plata, Prix de la meilleure actrice
Semaine de la critique, séances spéciales
CoLCoA
TIFF
Festival international du film de Vienne

Pina Colada (court métrage, 2008)
Magic Paris (court métrage, 2006)
Kitchen (court métrage, 2005)
Maltonius Olbren (court métrage, co-réal Kamen Kalev

Entretien avec la réalisatrice

Extrait d’un entretien avec Alice Winocour, propos recueillis par Bernard Payen (2012)
Comment t’es venue l’idée de faire un film sur Augustine ?

La rencontre avec Augustine et les travaux du professeur Charcot sur l’hystérie s’est faite par des lectures. J’ai été immédiatement fascinée par ce sujet sulfureux qui mélangeait médical et érotique, mais qui m’évoquait aussi la littérature gothique fantastique type
Les Hauts de Hurlevent. Par ailleurs, la représentation de la femme dans l’imaginaire masculin m’a toujours intéressée.

Quels ont été vos parti-pris formels ?

Je n’ai pas voulu faire un film de reconstitution historique, mais un film à la limite du cinéma fantastique. Mes modèles étaient des films des films d’exorcisme, mais aussi Dario Argento, Lynch, Cronenberg. L’idée était d’envisager chaque séquence comme une façon d’échapper au poids de la reconstitution historique du XIXème siècle. Je voulais aussi filmer les scènes d’examen comme des scènes sexuelles. Lorsque Charcot donne à manger une soupe à Augustine, j’avais demandé aux comédiens de jouer cette scène comme une scène de fellation. De même, lorsque Charcot présente la jeune femme à tous les médecins, la séquence est éclairée comme dans un peep show, avec Augustine dans la lumière et les hommes dans l’ombre. La seule scène du film apparaissant comme la scène la moins sexuelle est précisément la scène de sexe, le moment où les deux personnages se quittent définitivement.

Pourquoi as-tu décidé de faire emergence ?

Le scénario terminé, j’avais le désir de travailler sur la représentation cinématographique
des crises d’hystérie. Je me demandais comment j’allais mettre en scène quelque chose qui dans la réalité semble faux, outré. emergence a été aussi l’occasion pour moi de tester des choses très concrètes, comme la façon de fermer l’œil d’Augustine, de commencer à travailler avec une partie de l’équipe : Georges Lechaptois, le chef opérateur, Julien Lacheray, le monteur…

Quelles questions t’es-tu posées à emergence et comment les as-tu résolues ?

Ça m’a donné l’occasion de réfléchir profondément à ces crises, à la place de la caméra, à son rôle. Au début j’avais tendance à vouloir beaucoup la bouger comme si elle-même était folle. Mais cela ne marchait pas. Tout comme le fait de les chorégraphier qui rendait tout trop artificiel. Je me suis rendue compte qu’on ne pouvait tout simplement pas jouer une crise d’hystérie. Il fallait que le corps de la comédienne lui échappe. Pour le tournage du film, je me suis inspirée des films d’exorcisme et des effets spéciaux visuels employés dans ce type de films… Nous avons mis des fils et des courroies sur les bras de la comédienne que nous avons projetée ensuite dans tous les sens, un peu comme si elle était une marionnette. C’était le moyen le plus juste de faire comprendre que l’hystérie s’exprime comme si un corps étranger s’empare de ton corps. Augustine regarde son propre corps comme une spectatrice de théâtre qu’elle ne peut pas contrôler.

Comment as-tu choisi les comédiens ?

Je savais juste qu’il fallait une star pour incarner Charcot, une véritable star de la médecine. C’est en voyant Vincent Lindon dans Pater d’Alain Cavalier que j’ai perçu sa puissance et son autorité, cette sensation que l’on pouvait croire en lui comme homme de pouvoir. Lindon a aussi en lui quelque chose d’assez sexuel, une animalité. Je trouvais intéressant de choisir un acteur sensuel et d’emprisonner cette sexualité pour bien montrer qu’il veut nier quelque chose qui déborde de son corps. Je voulais que son corps soit emprisonné.
Quant à Soko, j’avais vu son site myspace : je trouvais que cette fille était impressionnante mais je voulais plutôt une inconnue, quelqu’un qui n’avait jamais été regardée. J’ai fait un casting sauvage. Soko est venue aux essais, elle avait à la fois une puissance et une candeur qui m’ont totalement convaincu.

Que s’est-il passé après emergence ?

Après emergence, tout est allé très vite. On a tourné juste un an plus tard. Cette expérience m’a donné beaucoup de confiance en moi. En réalité on ne devrait pas réserver emergence aux premiers films. C’est un vrai laboratoire…